Je suis gay, qui suis-je ? >> Le gay savoir ou l'identité homosexuelle

Pour comprendre un peu la complexité des relations entre individus, un mot sur l'identité homosexuelle. Les points suivants sont extraits du chapitre 1 de l'ouvrage Comprendre l'homosexualité - des clés, des conseils pour les homosexuels, leurs familles, leurs thérapeutes de Marina Castañeda.

 

L'« apprentissage » de l'homosexualité

Dans le cas de l'hétérosexualité, sexe biologique, orientation sexuelle et rôles sociaux tendent à converger, et à former une identité plus ou moins stable. Par contre, l'homosexuel ne se déplace pas dans le monde avec une identité constante. Ses attitudes, ses gestes, sa façon d'entrer en relation avec autrui changent selon les circonstances. L'homosexuel peut paraître hétérosexuel au bureau, asexué en famille et exprimer son orientation sexuelle seulement en présence de quelques amis.

L'hétérosexuel a été éduqué pour l'être; depuis sa plus tendre enfance il a été formé pour un rôle, et une place, dans le monde hétérosexuel. Cela n'est pas le cas pour l'homosexuel, qui très souvent ne prend conscience de son orientation qu'au cours de l'adolescence ou de l'âge adulte. Donc il n'a pas grandi dans son rôle ; il n'a pas été éduqué pour être homosexuel... Quand il découvre enfin son orientation sexuelle, il doit réapprendre toutes les règles de l'amour, de l'amitié et de la convivialité... Il ne s'agit pas d'un manque de maturité, mais d'apprentissage.

Habitués à cacher une partie essentielle de leurs désirs et de leurs besoins affectifs, ils ne montrent souvent qu'un aspect superficiel d'eux-mêmes... On peut facilement conclure que ce sont des gens solitaires, peu sociables ou sincères. Et cette impression peut leur causer des difficultés tant dans la vie sociale que dans la sphère intime. Cependant, le problème n'est pas qu'ils rejettent la société, mais que la société les rejette.

 

Visibilité

L'idée s'est répandue que l'homosexuel et le couple homosexuel sont "normaux" car essentiellement identiques aux hétérosexuels (ceci semble pouvoir être affirmé dans les sociétés aux influences occidentales). Or ils présentent des dynamiques, des étapes, des ressources spécifiques.

Le grand public est toujours prisonnier de certains stéréotypes, aussi bien nouveaux qu'anciens. Malgré les grands progrès de la connaissance et des droits civiques, l'homosexuel reste une figure mystérieuse : risible pour les uns, menaçante pour les autres – mais finalement, surtout inconnue.

Le prix de cette marginalisation est de plus en plus élevé. Quand l'homosexualité était un phénomène isolé et caché, il était facile de la mettre de côté. Elle ne posait pas trop de problème pour les familles, ni pour les institutions, ni pour les autorités. On n'en parlait pratiquement pas, et il était raisonnable de penser qu'elle n'existait pas - en tout cas pas entre les “honnêtes gens”... Cette méconnaissance, parfois tragique pour les homosexuels, ne posait pas de problème pour la société en générale. Cela n'est plus le cas. Aujourd'hui, les homosexuels sont de plus en plus visibles.

Les homosexuels présentent un nouveau type de couple, d'autres règles du jeu, qui peuvent aider les hétérosexuels à renouveler leurs relations humaines.

 

Qui est homosexuel ? Qu'est ce qui définit l'homosexualité ?

Le mouvement de libération gay, dans les années 70 et 80, a proposé la libération non seulement d'une population spécifique, mais de l'homosexuel en chacun de nous. Il a stipulé l'existence d'une bisexualité naturelle et inhérente à tous les êtres humains, bisexualité qui est ensuite circonscrite et réprimée par la socialisation hétérosexuelle (là encore, ce n'est en fait pas si simple). Plus récemment, le mouvement "queer" a proposé l'abolition de toutes les catégories, arguant que toute classification fondée sur la sexualité ou même le genre dérive d'un discours social essentiellement répressif.

Est-ce que l'homosexualité se réfère au domaine physique ou affectif ? Aux actes ou à la pensée ? Aux réactions physiologiques ou aux émotions ? Et qu'advient-il si les deux niveaux ne coïncident pas, ce qui arrive assez souvent tant chez les hétérosexuels que chez les homosexuels ?

Dans la culture populaire, être homosexuel signifie être "moins homme" ou "moins femme". Il s'agit là d'une confusion assez répandue entre genre et sexualité - qui sont deux choses très différentes.

 

Origine de l'orientation sexuelle

Il n'y a pas de relation stable entre homosexualité, masculinité et féminité : les significations changent selon le contexte social et culturel.

Une école de pensée psychanalytique a affirmé que l'homosexualité était due à une série de manques, de creux dans le développement. On sait maintenant que les choses ne sont pas si simples.

Certains pensent que l'orientation sexuelle n'est pas donnée par la biologie, mais construite conjointement à travers l'histoire sociale, culturelle, familiale, et personnelle. Sans vouloir sous-entendre que c’est faux, on peut néanmoins raisonnablement penser que, tout simplement, on n’est pas en mesure à l’heure actuelle de fournir une réponse à cette question.

Notre époque a vu une prolifération d'explications plus ou moins simplistes de l'homosexualité. Au cours des dernières années, les savants ont cherché des caractéristiques hormonales ou génétiques propres à l'homosexualité. Mais aucune des théories de l'homosexualité apparue jusqu'ici - qu'elles soient d'ordre psychanalytique ou hormonale - ne suffit pour expliquer pourquoi certaines personnes sont homosexuelles et d'autres non.

 

L'homophobie, source de traumatismes

Ces groupements ont reconnu que la personne qui n'accepte pas son homosexualité peut souffrir de dépression, d'anxiété et d'autres troubles psychologiques, mais que ceux-ci dérivent de pressions familiales et sociales, et des connotations négatives généralement associées à l'homosexualité.

On estime qu'au moins le tiers des adolescents de 16 et 21 ans qui se suicident sont de jeunes homosexuels (chiffres de 1989). Une étude plus récente (du sociologue canadien Michel Dorais) montre que le risque de suicide chez les jeunes homosexuels serait de 6 à 16 fois plus élevé que chez les jeunes hétérosexuels. Cela indique clairement que l'adolescence est une période particulièrement dangereuse pour les homosexuels : il n'est pas facile d'admettre qu'on est différent à cet âge, surtout si cette différence est condamnée par la société.

On pourra utilement se reporter à la rubrique sur la prévention du suicide.

 

La condamnation des pratiques sexuelles

Pendant le moyen âge, le mot "sodomie" se référait à toute une série d'actes sexuels considérés comme des péchés, qui comprenait la masturbation, la fellation, le coït anal, la bestialité et le coït interrompu - en un mot, toutes les pratiques sexuelles qui n'avaient pas pour but la procréation. Quelques théologiens considéraient aussi comme sodomie le fait pour un chrétien d'avoir des relations avec un juif ou un musulman : ces derniers étant vus comme des animaux, tout contact sexuel avec eux relevait de la bestialité.

Dans l'ère moderne, les États ont pris la relève de l'Église pour réglementer, juger et pénaliser le comportement sexuel. Bien sûr, les pays ont évolué – et évoluent – différemment, ce qui a pour conséquence un traitement de l’homosexualité assez différent d’un Etat à l’autre, d’une société à l’autre. Certains pays, notamment d’Afrique et du Moyen-Orient, condamne encore de manière très forte (ceci allant jusqu’à la peine de mort) les pratiques homosexuelles, et ce malgré une pression grandissante de l’opinion internationale.

 

L'homosexualité n'est plus une maladie

En 1958, E. Hooker, un psychologue américain a conclu, entre autres, que les homosexuels étaient aussi "normaux" que les hétérosexuels, et que l'homosexualité ne pouvait être considérée comme une catégorie clinique. C'est grâce à des études de ce genre - aboutissant toujours à la même conclusion, que l'association psychiatrique des États-Unis a rayé l'homosexualité de sa liste des pathologies mentales en 1973, puis l'association psychologique en 1975 et l'Organisation Mondiale de la Santé en... 1990 seulement !

L'homosexualité a été discutée aux Nations Unies pour la première fois lors de la conférence sur la femme à Pékin en 1995. Les délégués du monde industrialisé ont défendu le libre choix des femmes quant à leur orientation sexuelle, les représentants des pays islamistes et catholiques conservateurs adoptant la position opposée, et ont gagné la discussion.

 
Jusqu'à il y a une vingtaine d'années, la psychiatrie a aussi violé les droits civiques des homosexuels, en leur infligeant (avec ou sans leur consentement) divers traitements pour les "guérir". Électrochocs, castration, hystérectomie, lobotomie et drogues. Les "traitements" de ce genre ont bien entendu échoué, et ne sont plus pratiqués de nos jours. Toutes les recherches montrent qu'il est impossible de changer l'orientation sexuelle, même quand une personne le demande. En plus, les tentatives de ce genre peuvent avoir des conséquences graves : dépression, anxiété, et conduites autodestructrices.

C'est à partir de la confrontation avec la police à Christopher Street à New York en juin 69 qu'a commencé à se répandre l'usage du mot "gay" pour s'éloigner du modèle médical et pour constituer une identité basée sur l'orgueil de la différence.

 

La sexualité féminine ignorée

Toutes les prohibitions ecclésiastiques et les lois pénales contre l'homosexualité ont eu pour objet les hommes. D'abord, la littérature, la philosophie, l'histoire ou la science ont été depuis toujours écrits par et pour les hommes. Ensuite, les femmes n'étaient pas censées avoir une sexualité propre, c'est à dire indépendante des hommes. Et l'amitié entre les femmes a été vue comme une forme de relation normale entre deux êtres fragiles et innocents possédant une grande sensibilité, mais dépourvue de sexualité. Par ailleurs, à ses débuts, l'épidémie du Sida a surtout touché les hommes.

Cela explique - sans justifier, bien sûr - la disparité entre recherches sur l'homosexualité féminine et masculine.

 

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Mis à jour le 03/02/12 à 00:26